Latrobe Street

  • Melbourne, Australie
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T 7 – La Tour aux 7 couleurs

 

La Tour aux 7 couleurs a des racines. Elle sait où elle est.

 

Amicale, elle respecte et aime ses voisins : le Hellenic Museum dans l’ancien Mint Building, le grand parc Flagstaff Gardens, la Republic Tower. Elle appartient à cette famille et même si on ne choisit pas ses parents, ses cousins… elle se trouve bien là.

 

Est-ce parce que la tour est née à deux pas du mur du musée qu’elle arbore cette mate et chaude couleur brique où brillent ces éclats blancs, verts et bleus ? Oui. A cause des règles de l’hérédité ou des exceptionnels bonheurs de la contamination ? Les deux probablement… Est-ce pour mieux voir le parc Flagstaff Gardens qu’elle monte aussi haut ? Est-ce pour affirmer sa volonté de lui appartenir qu’elle lui montre une façade vert végétal dense, lignée et soulignée par des sky-gardens qui la baguent trois ou quatre fois ? Oui, pour ces raisons et ses désirs. Est-ce par amitié pour la Republic Tower que T7 a adopté et protège à ses pieds de grands écrans habités en permanence par les variations d’images dynamiques, complément idéal à l’espace d’art de sa camarade ? Bien sûr, c’est ainsi que se créent les connivences et l’attractivité. Enfin est-ce pour mieux tutoyer le ciel ou pour se marier avec lui que son sommet développe reflets et transparences dans une ambiguïté entretenue et cristalline ? Le hasard seul ne fait jamais aussi bien les choses !

 

Mais avant tout la tour se veut accueillante et vivante. Au-delà de sa grande porte urbaine, elle crée des ramifications qui vont rejoindre les grandes rues du quartier, créant ainsi un petit quartier de passages, ruelles, porches, tous marqués par un sol de blue stone qui se prolonge en différentes variations de céramique brique dans tous les espaces animés qu’il traverse, aussi bien dans le hall de l’hôtel et son bar, adossé au Heritage Wall que dans le grand espace d’entrée des appartements et dans le restaurant. Cette urbanité est particulièrement personnalisée par le long et haut espace vidéo qui aboutit à une librairie de rue qui, elle, se lit comme une mutation et un prolongement du Heritage Wall. L’attractivité urbaine est aussi liée à la singularité, au caractère d’un lieu qui va créer le magnétisme et le charme, aussi importants pour les habitants de T7 que pour ceux de Melbourne qui y viennent et y reviennent. L’architecture est un art qui a pour ambition, de temps en temps, de provoquer ces effets.

 

Inscrite dans le skyline, la tour ne cherche pas à perturber, à s’imposer par des formes bizarres ou tonitruantes. Elle aimerait plutôt donner l’image qu’elle est bien ici, naturellement, et que sa présence est un plaisir de plus dans la ville, un approfondissement par des traits de caractère qui créent singularité, distinction. Bref, sa question, son ambition est celle de la séduction. Et tout le monde sait que la séduction est intimement liée avec le mystère ; et qui dit mystère dit secret, questions sans réponses évidentes… Pourquoi ?

 

La tour aux sept couleurs… je n’en compte que cinq ou six… La tour n’a jamais exactement la même couleur dans les perspectives urbaines…  Le principe est lié à l’Op’art (né dans les années 1960) : un léger déplacement change la perception d’une image, d’un plan.

 

Pour la tour, chaque façade génère sur tous les plans qui lui sont parallèles la même couleur ou matière. La façade sud gris clair miroir, la façade ouest vert foncé, la façade nord rouge brique, la façade ouest jaune de Naples.

 

Ces variations chromatiques, géométriques génèrent de l’harmonie, atténuent les contrastes. La façade sud a un statut particulier lié à son orientation. Elle est strictement lisse, transparente et translucide selon la matérialité du grand vitrail qui la compose. Le motif de ce vitrail est l’interprétation d’un rideau de scène de Frank Lloyd Wright.

 

Dans la même perspective, la façade principalement regardée irradie de sa couleur l’autre façade vue. Ces jeux de géométrie colorée mettent en évidence la différenciation des façades liée à l’expression particulière de chaque type d’appartement. Chaque type ayant des proportions différenciées.

 

De l’intérieur, ce jeu est très légèrement perceptible sur l’épaisseur des menuiseries. Il se renforce par l’accentuation des cadrages sur la ville, par des couleurs intérieures au choix de l’occupant.

 

L’architecture est un art, elle est le témoin culturel de l’époque de construction.

 

La ville est une concrétion d’architectures plus ou moins abouties.

 

Les bâtiments les plus importants par leur situation, leur vocation ou leur échelle doivent en être les grands témoins.

 

 

Jean Nouvel