Musée du quai Branly – Jacques Chirac

  • Paris, France
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Présence-absence ou la dématérialisation sélective

C’est un musée bâti autour d’une collection. Où tout est fait pour provoquer l’éclosion de l’émotion portée par l’objet premier ; où tout est fait, à la fois, pour le protéger de la lumière et pour capter le rare rayon de soleil indispensable à la vibration, à l’installation des spiritualités.
C’est un lieu marqué par les symboles de la forêt, du fleuve, et les obsessions de la mort et de l’oubli.
C’est l’asile où sont accueillis les travaux censurés ou méprisés, conçus naguère en Australie ou en Amérique.
C’est un endroit chargé, habité, celui où dialoguent les esprits ancestraux des hommes qui, découvrant la condition humaine, inventaient dieux et croyances.
C’est un endroit unique et étrange. Poétique et dérangeant.

 

Le construire ne peut se faire qu’en récusant l’expression de nos actuelles contingences occidentales. Exit les structures, les fluides, les «menuiseries» de façade, les escaliers de secours, les garde-corps, les faux plafonds, les projecteurs, les socles, les vitrines, les cartels… Si leur fonction par la force des choses doit demeurer, qu’ils disparaissent de notre vue et de notre conscience, qu’ils s’effacent devant les objets sacrés pour autoriser la communion. Facile à dire, plus difficile à faire…

 

Et l’architecture qui en découle a un caractère inattendu. Est-ce un objet archaïque ? Est-ce l’expression de la régression ? Non, tout au contraire, pour arriver à ce résultat, les techniques les plus pointues sont convoquées : les verres sont grands, très grands, très clairs, souvent imprimés d’immenses photographies, les poteaux aléatoires dans leur positionnement et leur taille se prennent pour des arbres ou des totems, les brise-soleil en bois gravés ou colorés supportent des cellules photovoltaïques… Mais, peu importent les moyens… Seul le résultat compte : la matière par moment semble disparaître, on a l’impression que le musée est un simple abri sans façade, dans un bois. Quand la dématérialisation rencontre l’expression des signes elle devient sélective. Ici l’illusion berce l’œuvre d’art.

 

Reste à inventer la poétique de situation : c’est un doux décalage: le jardin parisien devient un bois sacré et le musée se dissout dans ses profondeurs.

 

 

Jean Nouvel