Musée national du Qatar

  • Doha, Qatar
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LA ROSE DES SABLES

 

Le Musée national du Qatar émerge d’un désert qui s’est aventuré dans la mer. Sur ce site se dresse le Palais royal de cheikh Abdullah bin Jassim Al Thani, jalon du début du XXe siècle d’une valeur patrimoniale importante pour le Qatar.

 

Le Musée national est évidemment dédié à l’histoire du Qatar. Symboliquement, son architecture doit évoquer le désert, sa dimension silencieuse et éternelle, mais aussi la modernité et l’audace qui sont venues perturber ce qui semblait à jamais imperturbable. Ce sont donc les contradictions de l’histoire que j’ai cherché à évoquer.

 

Le Qatar ce sont aussi les populations qui se sont établies sur le littoral, ces villes côtières qui ont créé des points d’escale aussi bien pour les nomades que pour les pêcheurs de poissons et de perles. Donc la faune, la flore, les populations nomades et leurs longues traditions sont les toutes premières caractéristiques de l’histoire du Qatar.

 

Trois miracles économiques sont venus perturber ce grand calme. Le premier, dès l’époque romaine, est lié à la pêche des perles et à leur commerce. Le deuxième, après la Seconde Guerre mondiale, c’est l’incroyable découverte du pétrole, et vingt ans plus tard celle d’un autre trésor : le gaz. La presqu’île désertique et la population qatarie ont connu une évolution fulgurante et ce territoire est devenu une plaque tournante attrayante et questionnante, attirant les visiteurs.

 

Le bâtiment que j’ai dessiné devait faire écho à ces trois histoires. La première, qui couvre une période assez longue, est l’histoire de la péninsule et de ses habitants. La deuxième concerne les modes de vie dans le désert et les régions côtières, et l’industrie des perles. La troisième est l’accélération spectaculaire qui a donné au royaume – en quelques décennies seulement – la puissance et la prospérité qu’on lui connaît aujourd’hui. De par sa puissance économique, le Qatar est un leader mondial dans des domaines aussi divers que l’éducation, la communication et les technologies énergétiques. C’est un aspect que ma muséographie essaie d’évoquer.

 

La rose des sables est la première architecture auto-créée par la nature, par le vent, les embruns, le sable et les millénaires, elle est d’une complexité et d’une poésie surprenantes.

 

Prendre la rose des sables comme point de départ devient une idée très progressiste, pour ne pas dire utopiste. Je parle d’utopie parce que pour construire un bâtiment de 350 mètres de long, avec ses grands disques incurvés, ses intersections, ses éléments en porte-à-faux – tout ce qui évoque la rose des sables –, il fallait relever d’énormes défis techniques. Cette architecture est à la pointe de la technologie, comme le Qatar.

 

La muséographie qui est née de cette histoire et de ces considérations est une expérience à la fois architecturale, spatiale et sensorielle. À l’intérieur, on trouve des espaces qui n’existent nulle part ailleurs puisque tous ces disques s’entrecroisent, constituant le bâtiment, dedans comme dehors. Le résultat est une construction faite d’espaces géométriques.

 

Je dois mon amour pour ce qui n’est pas tout à fait vertical à l’un de mes maîtres, Claude Parent, avec lequel j’ai beaucoup travaillé. Nombre de planchers sont en pente. Vous passez dessous, vous montez et vous vous apercevez que la verticale n’existe quasiment pas. En observant bien, vous pouvez trouver quelques éléments qui semblent verticaux, mais, qui en réalité ne le sont pas. Vous avez cette impression parce que c’est dans l’ordre naturel des choses.

 

Le musée occupe une très grande surface. Dès l’entrée, l’effet est saisissant dans le rapport entre la forme et l’échelle, entre le thème et les époques. Entre la petite rose des sables venant de la nuit des temps et cette création hors d’échelle. Quant à l’immense désert, il est toujours présent, même s’il change complètement de nature.

 

Lorsque vous traversez les différents volumes, vous ne savez jamais à quoi ressemblera l’architecture de l’espace suivant. C’est une volonté de créer des contrastes, des surprises. Vous pouvez ainsi passer d’une salle assez haute barrée par un disque en biais, à une autre avec une intersection beaucoup plus basse. Cela crée quelque chose de dynamique, une tension.

 

Comme dans beaucoup de musées, le parcours s’organise selon une boucle. La visite prend environ deux heures et s’achève par la découverte de l’ancien Palais royal, qui a été restauré. Depuis certains endroits, vous pouvez accéder au howsh, dans son concept ancestral une cour entourée de bâtiments où l’on venait déposer les marchandises.

 

Le howsh donne une idée de l’échelle du Palais royal. C’est un espace protégé, autour duquel le musée s’organise. Grâce aux disques qui se projettent sous différentes inclinaisons, c’est aussi un espace qui offre de l’ombre. Ce lieu peut accueillir des manifestations extérieures, des performances, des scénographies, des événements en lien avec les expositions. Le howsh est également en liaison avec les espaces extérieurs de l’ancien palais. De là, vous pouvez déambuler au bord de l’eau, le long d’une promenade.

 

J’ai voulu créer une architecture évoquant la géographie et, selon la tradition du lieu, un bâtiment préservé au maximum du soleil.

 

Le bâtiment est très efficient sur le plan énergétique. Les disques qui constituent la structure sont lourds et forment comme un matelas protecteur contre le soleil. Lorsque le soleil atteint le bâtiment par l’est ou par l’ouest, les disques créent de longues ombres protectrices. Le bâtiment ne compte pas beaucoup d’ouvertures, les rares fenêtres ont été ménagées dans des retraits et ne sont jamais touchées par le soleil. La climatisation des espaces intérieurs est donc beaucoup plus économique.

 

La peau du bâtiment a été réalisée en béton fibré à hautes performances, d’une couleur beige sable qui est la même à l’extérieur et à l’intérieur du bâtiment.

 

Sur le plan muséographique, j’ai choisi d’ouvrir le parcours par une série de films qui donnent un aperçu de différents visages du Qatar et de son histoire. Produits par des réalisateurs et des vidéastes sélectionnés pour leur talent de créateurs d’images poétiques évocatrices, ces films sont de sensibles témoignages des époques passées. Ils ne seront pas montrés ailleurs, car ils sont réalisés spécifiquement pour le musée, adaptés aux formes et à l’échelle des murs sur lesquels ils sont projetés. Ils traduisent l’adaptation de l’architecture à l’expression d’une muséographie choisie pour évoquer l’échelle et la puissance des territoires et des événements qataris depuis la nuit des temps jusqu’à ce jour.

 

 

Jean Nouvel