Musée national du Qatar

  • Doha, Qatar
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Le Musée national du Qatar : concrétisation d’une identification

 

Le Qatar est une jeune nation née dans le Golfe Persique où le désert s’est aventuré dans la mer, sur une presqu’île, une langue entourée d’eau.

 

Les Qataris sont issus d’un peuple arabe nomade qui s’est arrêté dans ce désert maritime.

 

Certains sont devenus pêcheurs de poissons, d’autres pêcheurs de perles ; d’autres aussi, se sont intéressés aux ressources cachées sous le sable, sous la mer, trésors invisibles ; enfin, d’autres encore, stimulés par la position centrale de leur pays dans le Golfe, se sont mis à parler, à communiquer, à émettre ; et cela essentiellement depuis Doha, berceau de la famille régnante Al-Thani qui a impulsé cette métamorphose ; il suffit de regarder les photographies de Doha dans les années 50 ou 60 et de les comparer avec celles d’aujourd’hui pour comprendre à quel point ce coin du monde a changé : de presque rien il est devenu stratégique. Quoi de plus normal dans ces conditions que de vouloir témoigner et parler de l’identification, de l’identité mutante de ce pays, qui se révèle en ce moment sur le papier sensible de l’histoire ? Et quoi de plus logique que de concrétiser ce processus d’identification dans un musée national du Qatar qui témoignera de la géographie physique, humaine et économique ainsi que de l’histoire qatarie ?

 

Un lieu était symboliquement prédestiné : le berceau de la famille Al-Thani à Doha, palais modeste, simple et noble qui matérialise le point de départ de l’aventure du XXᵉ siècle ; Il est situé à l’entrée sud de la ville, porte urbaine la plus fréquentée puisqu’elle accueille les visiteurs venus de l’aéroport.

 

L’étude architecturale a été dans un premier temps couplée avec une étude programmatique qui a montré à quel point ce musée est celui du paradoxe : montrer ce qui se cache, révéler ce qui s’efface, figer l’éphémère, parler de ce qui se tait,  et révéler une histoire qui n’a pas eu le temps de s’engrammer, qui est simplement un présent qui galope, une énergie en action. Le Musée national du Qatar est la preuve patente de l’intensité de cette énergie. Bien sûr il abritera quelques traditionnels fragments géologiques et archéologiques, bien sûr on y trouvera des objets nomades : les tentes, les selles, les vaisselles, bien sûr on y verra les outils des pêcheurs, bateaux et filets, mais l’essentiel sera de rendre compte de ce que vous n’avez aucune chance de découvrir, de ressentir ou de rencontrer si vous ne passez pas ici des mois et des mois à la recherche des particularités inouïes perdues dans le désert, saisissables seulement dans des conditions précises liées aux caprices de la nature et de la temporalité. Ou, si vous ne prenez pas un hélicoptère, un 4×4, pour découvrir les caractères contrastés, les longues plages de la presqu’île qatarie. Tout est en œuvre dans ce musée pour vous faire ressentir ensemble le désert et la mer. L’architecture du musée, sa structure sont symboliques des mystères des concrétions, des cristallisations du désert et l’on y devinera les intersections des pétales aiguisés des roses des sables.

 

Le peuple nomade construit sa ville, sa capitale ; il parle de lui-même au travers de ce monument emblématique construit en utilisant les techniques les plus contemporaines (acier, verre, béton de fibres). Il utilise, pour communiquer, le cinéma haute définition et une muséographie qui intègre la dimension du mouvement de ses visiteurs : ce musée est un caravansérail moderne. D’ici, vous partez et revenez du désert, vous ramenez des trésors : des images inscrites à jamais dans vos mémoires.

 

 

Jean Nouvel