Siège de l’Office européen des brevets (OEB)

  • Rijswijk, Pays-Bas
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Photo : Ossip van Duivenbode. Courtesy of EPO

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Flotter dans les airs

 

La Haye, Rotterdam, grands ports où les grands navires s’alignent sur les horizons maritimes. Grands navires internationaux toujours chargés de mystères…

 

Le site de l’EPO à La Haye, au Patentlaan 2 à Rijswijk représente la caractéristique des polders avec l’horizontalité d’une mer pétrifiée. Et les constructions les plus grandes alignent leurs silhouettes elles aussi comme des bateaux sur l’eau. La situation appelle une proposition qui en révèle le caractère, l’éternelle question du génie du lieu. La poétique de situation née de l’immensité de ce territoire strictement horizontal qui éloigne les horizons, étend un ciel sans fin. L’envie naît d’être dans les airs, de flotter dans ce vide, dans l’épaisseur de l’air, des embruns, des brumes de pluie, sous les nuages blancs ou dans le bleu d’un ciel sans plafond…

 

La proposition est, dans cet univers portuaire terrestre, d’introduire un navire amiral d’une échelle et d’une proportion noble, d’une matérialité troublante et d’une abstraction géométrique totale. Ce bâtiment est serein, calme, rien ne saurait l’atteindre, il appartient au ciel. Il prend la couleur du ciel par les verres clairs légèrement miroitant de ses façades et l’acier inoxydable des lignes horizontales qui le rythment.

 

Quand on décide d’aller voir l’EPO de près, la surprise vient d’une part de la simplicité et de la tension des volumes et des lignes et, d’autre part de découvrir qu’il émerge d’un plan d’eau dans lequel l’architecture se mire. L’entrée, elle, se matérialise par un grand auvent d’acier acéré oblique pénétrant dans l’eau. De part et d’autre de cet accès les drapeaux de 38 membres d’EPO flottent très haut, au-dessus de l’eau et se reflètent à différentes hauteurs dans les verres sur toute la longueur de la façade. Ainsi les signes de la dignité d’une grande institution internationale sont clairs et sa singularité garantie. Cette singularité, à l’intérieur, est accentuée par le caractère des espaces d’accueil. La séquence d’entrée est unique : tout commence par une plongée sous l’eau et par des effets caustiques de lumière solaire à travers cette eau. Le hall d’accueil, lui, est largement inondé de lumière naturelle sur six mètres de haut sur l’ensemble de sa périmétrie, des espaces d’attente et un bar sont, eux, situés au niveau du plan d’eau. L’univers des bureaux est imaginé comme un plan libre linéaire et orthogonal en relation avec le ciel. Les longues perspectives du couloir central s’ouvrent sur le vide, l’horizon. Le bureau lui-même est conçu pour être plein ciel, avec des prolongements extérieurs : jardins linéaires de lichens, panneaux finement perforés pour recadrer et limiter l’apport solaire. Ces espaces symboliques en correspondance directe avec chaque unité sont une extension visuelle qui souligne l’horizon. La prochaine phase s’efforcera de montrer que l’ADN de ce bâtiment est évidemment présent dans les espaces internes et leurs équipements.

 

Nous recherchons ici les sentiments de privilège et de plaisir. Le privilège de pouvoir s’approprier le ciel et les horizons comme matériau premier de l’architecture. Le plaisir de travailler dans un univers clair, ouvert, précis qui peut aussi devenir protégé, fermé, familier… Et tout cela situé dans ce rectangle de ciel qui a juste pour ambition de faire prendre conscience des variations de l’atmosphère.

 

 

 

Jean Nouvel